La routine du samedi

C’est maintenant le samedi que je vais à Reims, et non plus le dimanche. Pour différentes raisons. Il y a très peu de train Paris-Reims (pas plus de 4 par jour), et les horaires du samedi coïncident mieux avec ceux du bus que je prends pour aller de la gare de Reims à chez ma mère, et de chez ma mère à la gare dans l’après-midi. La ligne de bus qui dessert la résidence de ma mère a arrêté de circuler le dimanche. Et dernière raison, aller à Reims le samedi me fait enchaîner avec ma semaine de travail, et j’ai le dimanche comme jour de coupure, c’est davantage reposant d’avoir une coupure avant de reprendre le travail le lundi.

J’enchaîne donc six jours consécutifs à me lever tôt, et ça a provoqué des perturbations dans mes cycles de sommeil, je vous expliquerai dans un article, le problème est en cours de résolution. Donc, le samedi, lever à six heures, et je vais prendre mon TGV gare de l’Est. J’emporte un plat que Chéri cuisine le vendredi soir, ainsi je peux surgeler plusieurs portions pour ma mère. J’apporte aussi de quoi déjeuner le samedi midi avec elle, et des gâteaux.

L’aller-retour en TGV est un moment que j’apprécie. Le matin, je prends un café à emporter dans l’un des kiosque de la gare de l’Est. Je vais toujours au même endroit, et le baristo me connaît bien maintenant. Petit à petit nous avons échangé un mot, puis un autre, et de semaine en semaine, nous nous connaissons de mieux en mieux. Depuis maintenant plusieurs mois, dès qu’il me voit arriver il prépare mon café, il sait celui que j’aime, et me l’offre. En revanche, les fois où Chéri vient avec moi à Reims, il me fait payer les cafés. Apparemment, il n’apprécie pas quand je suis avec Chéri.

Pendant les 45 minutes de TGV, je déguste mon café en lisant, c’est un doux moment que j’aime. Et au retour, je lis également. Je ne regarde jamais mon téléphone dans le train, je transforme ces trajets en instants de plaisir. Il est très très rare quez je n’aille pas à Reims le samedi. Deux ou trois fois par an, quand nous partons en week-end avec Chéri, ou si j’ai un évènement sportif le samedi ou le dimanche… Et encore, bien souvent, quand je ne peux pas y aller le week-end, je pose mon lundi pour aller voir ma mère.

J’arrive chaque samedi avec une surprise pour ma mère, un livre, un magazine, une douceur sucrée, un vêtement, un produit de beauté… je vois que ça lui fait plaisir. Le matin, je pose mes affaires chez elle, et vais de suite faire les courses, puis nous déjeunons, et passons l’après-midi à discuter. Vous allez me dire qu’il manque un élément à cette routine, en 2021, 2022, 2023, l’après-midi, j’allais voir mon père à l’Ehpad.

Plus maintenant… mon père est mort le 12 février 2024.

Ca aussi je vous le raconterai dans un article à part entière, la mort de mon père a déclenché tant de choses ! Un chagrin à l’état pur que je n’avais pas imaginé, mais aussi, au fil du temps, une force qu’il a mise en moi je le ressens… Mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui, je ne vais pas commencer à en parler, pas envie de déclencher une crise d’angoisse aujourd’hui.

Nous passons donc des après-midi à parler, regarder des photos, discuter de nos lectures, de l’actualité. Et ce sont de bons moments, même quand nous parlons de mon père, même quand nous pleurons, pour moi, ces moments sont toujours des moments privilégiés. J’ai la chance de voir ma mère, qui, à plus de 89 ans, a encore toute sa tête… Ces dernières semaines, elle passe par un long épisode de tristesse, sa soeur, ma tante handicapée mentale, est morte le 14 mars.

Et ça, que ce soit pour ma mère, mon frère ou moi, ça a brassé tellement de choses. Pour mon frère et moi, ça a fait remonter tous les moments familiaux avec nos grand-parents, pour ma mère, c’est beaucoup plus profond encore, son enfance, ses premières années, perdre sa grande soeur, dont elle s’est occupée toute sa vie… Mon frère a récemment emmené ma mère toute une journée dans les Ardennes, ils sont allés voir la maison où ma mère est née, où elle a passé ses premières années avant que mon grand-père ne parte à la guerre, soit fait prisonnier dans un camp allemand, et rentre à la maison en 1945. Ils sont allés dans tous les villages ardennais qui ont compté pour ma mère.

Depuis ce 14 mars, ma mère est triste. Le fait est qu’elle a beaucoup perdu depuis 2020, a dû quitter la maison que mon père et elle avaient fait construire avant même ma naissance, a vu ses amis disparaître les uns après les autres. Ma mère a tout traversé avec un courage et une dignité que j’admire beaucoup. Sa tête va bien, son corps un peu moins, elle est tellement fatiguée. Pas de maladie spécifique, simplement le corps s’use, toutes les épreuves traversées depuis 2020 ont accentué sa fatigue.

Mon frère et moi en prenons soin comme d’un trésor, ma nièce aussi, qui vient voir sa grand-mère dès qu’elle le peut. Ma nièce a maintenant 25 ans, et elle a été très présente pour son grand-père ses dernières années, tout comme elle l’est pour sa grand-mère aujourd’hui. Hier, elle a fait l’aller-retour à Reims avec moi pour passer la journée avec sa grand-mère et moi.

Plus les années passent, plus ma nièce et moi sommes proches, je vous raconterai tous les défis sportifs que nous avons fait ensemble. Mon frère, qui habite Reims, passe voir ma mère tous les jours du lundi au vendredi. L’après-midi, il passe avec elle une petite heure, ils prennent le goûter ensemble. Il se réserve le samedi puisque je suis là, il passe juste faire un petit coucou. Et le dimanche, régulièrement, il vient chercher ma mère pour l’emmener déjeuner chez lui.

Enfin voilà, telle est ma routine du samedi. Je ne vais pas mentir, parfois ça me pèse, et j’aimerais me reposer un peu plus. Et surtout j’aimerais avoir moins de responsabilités, depuis 2020, j’ai tout géré, la tutelle de mon père, la vente de la maison, l’Ehpad, la décision pour le décès, la gestion des cendres, la succession de ma tante handicapée, les affaires de ma mère, mon père l’avait ainsi souhaité, et mon frère déteste tout ce qui est administratif. Parfois c’est lourd, usant physiquement, épuisant psychologiquement.

Et d’un autre côté je redoute le moment où je n’aurai plus à aller à Reims chaque semaine, quand je retrouverai des week-ends complets, car ça voudra dire que ma mère se sera plus là. Alors oui, parfois je suis épuisée, découragée, je pleure de fatigue dans le TGV de retour, mais pour rien au monde, je ne renoncerais à ces moments avec ma mère, ce sont des moments privilégiés, jamais je n’ai eu de relation aussi forte avec ma mère.

Les photos que je mets dans cet article datent d’hier, dans le train, et chez ma mère. A très vite pour le prochain article. Prenez soin de vous.

Une réflexion au sujet de « La routine du samedi »

  1. Nos personnes âgées nous causent bien du souci….. Mon mari a encore son père de 96 ans qui vivote, toujours chez lui à 200 km de chez nous, et j’ai encore ma maman qui va avoir 94 ans. Elle commence à parler de résidence sénior pas trop loin de chez nous…… Nous sommes partagés entre nos parents et nos enfants et petit enfant…..

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